Le vent faisait frissonner les hautes ramures de Wolfendre, et le chant des feuilles couvrait presque les pas légers courant sur les passerelles vivantes. Ici, nul mur de pierre, nul bastion dressé contre la forêt. Les demeures naissaient du bois ancien, patientes et respectueuses, comme offertes par les arbres eux-mêmes.
Elora Aelwyn grandissait dans ce monde-là, bercée par la sève, les racines et les regards attentifs d’un clan elfique ancien. Issue d’une lignée dirigeante sans en porter la charge, elle apprenait tôt à se tenir droite, à maîtriser ses gestes, à observer avant de parler.
Chez les siens, l’enseignement ne passait pas toujours par les mots.
Un regard du père suffisait.
Un soupir de la mère corrigeait plus sûrement qu’un sermon.
« Encore. »
La voix maternelle, douce mais inflexible, résonnait dans la clairière. Elora reprenait le mouvement, inlassablement. Ses mains, encore trop petites pour la lame d’entraînement, tremblaient à peine. La pointe hésitait, mais son regard, lui, ne vacillait plus.
Au loin, une silhouette observait.
Sira.
♦ ♦ ♦
Le matin du départ arriva sans éclat. La rosée perlait encore sur les feuilles lorsque Sira déposa son sac près de la passerelle principale.
Elora comprit aussitôt.
« Tu pars. »
Sira lui adressa ce sourire tranquille qu’elle lui connaissait si bien.
« Le monde est trop grand pour rester ici.
Il y a des choses que je dois voir par moi-même. »
Le silence qui suivit n’était ni froid ni brisé — simplement tendu, comme une corde prête à vibrer. Elora ne protesta pas. Elle n’en ressentait pas le besoin.
Avant de se détourner, Sira posa une main sur son épaule.
« Si tu veux comprendre un jour… viens à Alvaro. La Guilde de Tiamat. Je t’y attendrai. »
Le contact fut bref.
Mais sa chaleur demeure.
Lorsque Sira disparut entre les passerelles et les feuillages, rien ne se brisa vraiment.
Quelque chose s’ouvre.
♦ ♦ ♦
Les saisons passèrent.
Puis vint le jour du cercle d’épreuve.
Des murmures parcouraient la clairière.
« Une enfant ? »
« À dix ans ? »
Au centre, une silhouette menue tenait une lame de bois presque trop grande pour elle. Elora inspira lentement. Le poids des regards pesait davantage que celui de l’arme.
En bordure du terrain, son père demeurait immobile. Sa mère, bras croisés, ne quittait pas la scène des yeux.
L’instructeur haussa la voix.
« Dernière chance. Tu recules encore. »
Elora secoua la tête.
« Non. »
Le signal retentit.
Le monde bascula.
Le sol glissa sous ses appuis, le bois fendit l’air, une attaque trop rapide força un pas de recul. Elle pivota, ajusta sa garde, encaissa — trop juste.
Une infime tension passa sur ses traits.
Brève.
« Trop lent. »
Les rires s’éteignirent.
Sa main traça un signe encore imparfait. Sa voix s’éleva — claire, assurée — non pas en ancien elfique, mais dans la langue des hommes.
Une onde brève rompit l’équilibre.
L’instant suivant scella l’épreuve.
Le silence tomba.
Personne ne bougea.
Puis une voix, sobre :
« Admise. »
Son père détourna légèrement le regard. Sa mère relâcha enfin les bras.
Un hochement suffit.
Ce jour-là, Elora entra dans l’armée elfique.
♦ ♦ ♦
Plus tard, au cœur d’un entraînement, la remarque tomba, nette.
« Pourquoi n’emploies-tu pas l’elfique ? »
La voix du père était posée, sans dureté, mais chargée de tradition.
Elora ne se détourna pas. Sa lame resta en garde.
« L’elfique est plus puissant. Tu le sais. »
Elle hocha la tête.
« Oui. »
Un bref silence passa entre eux, traversé par le vent.
Puis, simplement :
« Mais la langue des hommes… c’est celle de ma mère. »
Elle ajusta sa prise, sans quitter sa posture.
« Je la garde tant qu’elle est là. »
Le regard du père resta fixé sur elle.
Elora reprit, avec le même calme :
« Et quand elle ne le sera plus… j’aurai tout le temps de revenir à l’elfique. »
Un temps.
Puis le père acquiesça.
Sans discuter davantage.
♦ ♦ ♦
Les années ne s’écoulèrent pas. Elles s’imposèrent.
Chaque entraînement la poussait plus loin. Les muscles cédaient, puis se renforçaient. Les erreurs se gravaient, puis disparaissaient. L’escrime devint un langage. La magie, une respiration.
Tandis que ses pairs récitaient les incantations anciennes, Elora suivait un autre chemin.
Elle adaptait. Transformait. Appropriait.
« Ce n’est pas orthodoxe. »
« Mais efficace. »
Les remarques revenaient, parfois moqueuses, parfois admiratives.
Elle n’y répondait pas.
Ses résultats parlaient pour elle.
♦ ♦ ♦
Un matin, sans annonce ni cérémonie, Elora quitta Wolfendre.
La forêt la laissa passer.
Elle ne fuyait rien.
Elle ne défiait personne.
Elle avançait.
♦ ♦ ♦
Aujourd’hui, les routes s’étendent sous ses pas. Royaumes, duchés, guildes — autant de terrains d’épreuve où chaque affrontement affine ce qu’elle est devenue.
Chaque pas la rapproche.
Alvaro.
Quelque part, une sœur attend peut-être.
Elora avance, sans détour.
Et cette fois, elle ne s’arrêtera pas.
Profil
Rôle : Compagne de voyage et protectrice d’Arius
MBTI : INTJ
Race : Elfe
Niveau de langage soutenu, confiante, déterminée, indépendante, rationnelle, avec une tonalité calme, ferme et respectueuse.
- Aventurière
- Compétente
- Curieuse
- Flexible
- Logique
- Froide
- Impatiente
- Rebelle
- Solitaire
- Têtue
Aventurière dans l’âme. Un amour profond pour la nature l’animait, tout comme une tendresse particulière pour les bêtes, un goût prononcé pour la musique et une passion évidente pour la poésie. Vivacité d’esprit, humour discret, bienveillance naturelle et altruisme.
