La porte de la chambre s’ouvrit brusquement.
Arius entra le premier, les épaules basses, visiblement vidé par l’entraînement. Dans l’embrasure du couloir, Dominica se tenait immobile. L’elfe observait le jeune héritier avec son calme habituel.
« Cinq minutes, maître Arius, déclara-t-elle simplement. Ensuite, l’entraînement reprend. »
Le garçon acquiesça sans enthousiasme.
« Oui… »
Il referma la porte derrière lui.
À peine le battant fut-il clos qu’il retira ses souliers d’un geste maladroit, traversa la pièce en traînant les pieds, puis se laissa tomber face contre son lit, les bras étendus de part et d’autre du matelas.
On cogna.
La porte s’ouvrit.
« Dominica… laissez-moi cinq minutes… je n’ai même pas repris mon souffle… »
Un court silence passa.
Puis une voix douce, légèrement amusée, répondit :
« Bonjour, Arius. »
Il releva brusquement la tête.
Jade l’observait avec un sourire tranquille. Son regard s’attarda un instant sur quelque chose d’inhabituel sous l’un de ses pieds.
« Est-ce que tu — »
Il cligna des yeux.
« Jade ? »
À peine redressé, il retomba sur le lit avec un soupir.
« Je pensais que c’était Dominica… »
Elle s’approcha de quelques pas.
« Sir Paul a accepté de m’amener avec lui. Je voulais te rendre visite. »
Mais déjà, il se redressait.
« Je devrais probablement retourner m’entraîner, grogna-t-il. Elle ne va jamais me laisser tranquille… »
Une main passa dans ses cheveux.
« Je ne pourrais même pas descendre au salon pour demander à grand-mère de me laisser souffler un peu. »
Jade croisa les bras.
« C’est dommage. Je pensais que nous pourrions aller nous promener. »
Un petit rire sans joie lui échappa.
« Sortir ? Avec Dominica plantée à la porte ? Jamais ! »
Le silence retomba.
Puis, presque au même instant, leurs regards glissèrent vers la fenêtre ouverte.
Ils se regardèrent.
Aucun des deux n’eut besoin de parler.
D’un bond, il attrapa ses souliers et les enfila à la hâte, manquant presque de perdre l’équilibre. Jade s’était déjà approchée de la fenêtre et observait la cour.
« Il n’y a personne », murmura-t-elle.
Il la rejoignit et se pencha légèrement au-dessus du rebord. La treille courant le long du mur formait un appui naturel jusqu’au sol.
Une jambe passa, puis l’autre. Il s’agrippa au tuteur de bois qui soutenait la plante grimpante. Les branches ployèrent légèrement sous son poids.
« Fais attention », souffla-t-elle.
« Je gère. »
Le sérieux de la réplique ne dura pas longtemps. Il glissa une fois avant de retrouver l’équilibre. Quand enfin il toucha le sol, il leva la tête.
« À toi. »
Elle passa souplement par l’ouverture. Plus grande, plus sûre d’elle, elle descendit presque avec élégance, ne manquant qu’un seul appui avant d’atterrir dans l’herbe.
Un regard complice s’échangea.
Puis, comme si tout cela allait de soi, les deux enfants traversèrent la cour d’un pas tranquille. Un jardinier occupé à tailler une haie leva à peine les yeux.
« Où allons-nous ? »
Le jeune baron désigna les écuries d’un signe de tête.
Quelques minutes plus tard, ils atteignirent les bâtiments de pierre où résonnaient souffles et sabots des sleipners.
Il s’approcha du box familier et passa la tête par-dessus la porte.
« Salut, Harmental. »
L’animal releva aussitôt la tête et poussa un léger hennissement.
« Chuuut ! Tu vas nous faire prendre. »
Jade jeta un coup d’œil furtif vers la cour, un sourire excité au coin des lèvres.
En guise de réponse, la bête lui lécha le visage.
« Oui, moi aussi je suis content de te voir. »
Le garçon ouvrit la porte et flatta l’encolure de l’animal.
« On part à l’aventure. »
Elle haussa un sourcil amusé.
« Une aventure ? »
« À la plage. Harmental connaît bien le chemin. »
Un instant plus tard, leur monture quittait les écuries au petit trot, emportant les deux enfants vers la lisière des bois.
♦ ♦ ♦
Debout devant la chambre vide, Dominica demeurait immobile.
La fenêtre ouverte laissait entrer l’air tiède de l’après-midi. Les rideaux remuaient doucement.
Son regard glissa vers le lit encore froissé, puis vers les souliers abandonnés au pied du meuble.
Un court silence passa.
L’elfe s’avança jusqu’à la fenêtre et observa la cour en contrebas. La treille portait encore la trace de branches légèrement déplacées.
Elle soupira à peine.
« Je vois… »
« SILVARA EN THIR, VEL’ENAE…
LETHIR NA VAEL, ARIEN THALOS. »
Une lueur pâle parcourut l’air devant elle.
La brume se condensa peu à peu, prenant la forme d’une silhouette translucide — un spectre aux traits flous qui rappelait vaguement ceux de l’elfe.
La projection inclina la tête.
Sans un bruit, elle glissa hors de la chambre, franchit la fenêtre ouverte et se dissipa dans l’air du jardin.
« Hum. »
Dominica se détourna calmement et quitta la pièce.
Quelques instants plus tard, elle descendait le large escalier du domaine. Dans le salon principal, Soria discutait avec sa mère.
« Dominica? »
La gouvernante s’inclina légèrement.
« Madame. »
Un court instant passa.
« Auriez-vous vu Arius ? Ses tuteurs le cherchent. »
Elle inclina la tête.
« Oui, je vais le chercher. »
Sans ajouter un mot, elle se détourna et quitta la pièce.
Une fois dans la cour, l’elfe leva légèrement la main.
« VAEL ENA THIR…
SILVARA ARIEN VAEL. »
Une faible lueur bleutée parcourut brièvement ses doigts avant de disparaître.
Un fil magique, presque imperceptible, répondit à son appel.
Son regard se tourna vers la lisière des bois.
« Bien sûr… »
Elle se mit d’abord en marche d’un pas tranquille, puis accéléra rapidement jusqu’au pas de course.
♦ ♦ ♦
Ils émergèrent de la forêt au bas d’un sentier abrupt.
Devant eux, un escarpement rocheux dominait la rive. À sa base, l’eau claire d’un ruisseau jaillissait directement de la pierre avant de se répandre dans un petit bassin sableux. Un peu plus loin, le courant quittait ce refuge paisible pour rejoindre la Saphir, dont les eaux larges scintillaient entre les arbres.
Au bord du sable, Arius s’arrêta.
« Enfin… »
Jade contempla les lieux avec un sourire satisfait.
« C’est vraiment un endroit magnifique. »
Il désigna l’eau claire.
« On se baigne ? »
Elle inclina la tête.
« Tu veux vraiment rentrer trempé ? »
Une grimace lui échappa.
« Dominica va nous tuer… »
Un instant passa.
Puis la princesse leva une main. Une légère brise parcourut la surface de l’eau.
« Tu possèdes le feu. »
Un sourire espiègle effleura ses lèvres.
« Et moi, le vent. Nous nous sécherons. »
Il n’eut besoin que d’une seconde.
« Bonne idée. »
Quelques instants plus tard, leurs vêtements reposaient sur une large pierre chauffée par le soleil. Ils avaient simplement gardé le minimum avant de courir vers l’eau.
Il prit son élan.
« Le dernier dans l’eau est un escargot ! »
Jade éclata de rire.
« Tu n’es plus fatigué ? »
En deux enjambées, elle le rattrapa et lui donna un croc-en-jambe.
Il bascula en lui attrapant le pied, ce qui la fit tomber à son tour.
Le garçon tenta de se relever, mais déjà elle pivotait pour le renvoyer rouler dans le sable.
Il atterrit sur le dos dans un nuage de grains dorés.
Avant qu’il ne puisse réagir, elle s’installa à califourchon au-dessus de lui.
« Je vais mettre le pied dans l’eau avant toi », déclara-t-elle avec un sourire triomphant.
Il tenta de se redresser.
« Hé ! »
Ses mains poussèrent contre ses épaules… sans parvenir à la faire bouger.
« Tu abandonnes ? »
Il souffla.
« D’accord… tu as gagné ! »
Jade se releva aussitôt et lui tendit la main.
« Maintenant… on se baigne. »
♦ ♦ ♦
L’eau était fraîche et claire. Le sable glissait sous leurs pieds tandis que le bassin ondulait doucement sous la surface.
Depuis un bon moment déjà, les deux enfants jouaient dans l’eau, éclaboussant le bassin et riant sans retenue.
Puis il s’arrêta.
La tête tourna légèrement.
« Jade… »
Elle flottait tranquillement sur le dos. Lentement, elle se redressa.
« Oui ? »
« Tu sens ça ? »
Elle resta immobile une seconde.
La brise qui descendait de l’escarpement faisait frissonner la surface de l’eau.
Puis elle hocha lentement la tête.
« Oui… »
Un court silence passa.
Ni l’un ni l’autre ne parla de danger.
Mais quelque chose, dans l’air, avait changé.
Son regard se tourna vers la forêt.
« On devrait peut-être rentrer. »
Elle acquiesça aussitôt.
« Je pensais la même chose. »
Ils sortirent de l’eau sans discuter davantage.
Quelques instants plus tard, ils remettaient leurs vêtements en silence.
Une petite flamme apparut brièvement au creux de sa paume, juste assez pour chasser l’humidité de ses cheveux mouillés.
Jade leva les mains à son tour, et une brise chaude sécha les dernières gouttes restées sur leurs épaules.
« Voilà », dit-elle.
Le garçon jeta un regard vers le sentier remontant vers la forêt.
« Allons-y. »
♦ ♦ ♦
Dominica ralentit en atteignant le tournant du sentier. Le fil magique flottait encore devant elle, presque invisible dans l’air. Puis elle les aperçut.
Deux êtres maléfiques descendaient lentement le chemin.
Un bipède cornu aux yeux rouges et à la sclérotique noire, accompagné d’une sorte d’énorme limace dressée, épaisse et luisante, dont la partie supérieure se redressait comme un torse informe.
Deux cornes molles frémissaient au sommet de leur masse visqueuse, oscillant lentement comme des antennes à la recherche de quelque chose.
Dominica les observa un instant.
Les deux se tournèrent vers elle.
Leurs cornes frémirent.
Puis leurs corps se contractèrent brusquement.
Dominica soupira à peine.
Sa main glissa sous sa robe de servante.
Un bâton télescopique jaillit entre ses doigts.
Dans un claquement sec, l’arme se déploya.
♦ ♦ ♦
Harmental remontait le sentier forestier lorsqu’un bruit sec résonna entre les arbres.
Un choc métallique.
Puis un second.
Arius et Jade tournèrent la tête presque en même temps.
Mais déjà, le sleipner ralentissait. Ses oreilles se dressèrent brusquement.
Un grondement monta derrière eux.
Jade se retourna.
Deux lynx roux à dents de sabre surgirent des fourrés.
Et presque aussitôt, d’autres silhouettes apparurent entre les arbres.
Devant.
Derrière.
Sur les rochers.
Une meute.
Harmental piaffa, frappant le sol du sabot.
L’un des lynx bondit.
La main de Jade se leva aussitôt.
Une rafale violente traversa le sentier et dévia le fauve en plein saut. L’animal s’écrasa contre un tronc dans un grognement furieux.
Un second surgit presque au même instant.
Le sleipner se cabra et frappa d’un coup de sabot fulgurant.
« Arius ! » lança-t-elle.
Les rênes se resserrèrent.
« Harmental, fonce ! »
La monture partit comme une flèche.
Un lynx tenta de barrer la route.
Une nouvelle rafale de vent le repoussa juste assez pour ouvrir un passage.
Harmental chargea droit devant.
Les prédateurs se refermèrent derrière eux.
Alors qu’ils passaient près d’un rocher, le jeune baron aperçut un autre lynx surgir sur le côté. Sa main pivota légèrement, prête à libérer une flamme si l’animal bondissait.
Mais le sleipner avait déjà dépassé la pierre.
Il ne vit rien d’autre.
Derrière lui, Jade eut à peine le temps d’écarquiller les yeux.
Le lynx venait de bondir depuis le rocher.
Harmental lança une ruade brutale vers l’arrière.
Le sabot frappa l’animal en plein flanc avec une précision étonnante.
Le fauve fut projeté hors du sentier et roula dans les feuilles.
Quelques secondes plus tard, la forêt se referma derrière eux.
Les grognements disparurent.
Harmental continua de galoper encore un moment, jusqu’à ce qu’Arius tire enfin sur les rênes, maintenant que le manoir approchait.
Jade se contenta de regarder la route derrière eux.
Ils rentrèrent.
Mais personne n’en parla.
Profil
Rôle : Baron/Protagoniste principal
MBTI : ISFP
Race : Humain
Il utilise un niveau de langage standard, franc et simple, avec une tonalité formelle, informelle et neutre.
- Adaptabilité
- Communication
- Discipliné
- Individualisation
- Restauration
- Studieux
- Consciencieux
- Courageux
- Fiable
- Honnête
- Juste
- Réaliste
- Sensé
- Borné
- Distant
- Inflexible
- Obstiné
- Timide
Arius est né au sein d’une famille aimante et solidement ancrée dans la noblesse d’Amona. Il grandit dans un cadre protecteur où rien ne lui manque — sinon la liberté de l’ignorance.
Très tôt entouré d’adultes attentifs, il a été élevé avec une exigence constante, tempérée par une bienveillance sincère.
Il fut initié aux arts martiaux, à l’apprentissage de la magie, mais aussi à la connaissance du monde qui l’entourait — géographie, cultures, usages et rapports de pouvoir — grâce à l’encadrement de tuteurs privés choisis avec soin. Cette attention soutenue, portée à des domaines variés, l’a progressivement conduit à appréhender des notions qui dépassaient largement le simple jeu ou l’insouciance ordinaire.
Doté dès la naissance d’un mana de feu, il manifeste une affinité précoce avec l’énergie magique, suffisamment stable pour ne pas inquiéter, mais assez remarquable pour attirer l’attention. Ce don n’a jamais été présenté comme un privilège : on lui apprend à le contenir avant même de le revendiquer, comme une responsabilité.
D’un naturel observateur, Arius se montre plus enclin à écouter qu’à s’imposer. Sa curiosité, vive et parfois débordante, se heurte souvent aux règles du manoir, à la vigilance inflexible de Dominica, et aux attentes silencieuses liées à son nom.
Son amitié avec Jade Wallace constitue l’un de ses rares espaces de relâchement. Avec elle, il oublie momentanément ce qu’il doit devenir, retrouvant une légèreté qu’il ne s’autorise presque jamais ailleurs.
Fils de Michihiro Ikemizu, un Otherworlder respecté pour son érudition, et de Soria Lovelace, héritière d’une lignée ancienne, Arius porte sans en avoir pleinement conscience le poids de plusieurs héritages.
À sa naissance, sa grand-mère, Mia Lovelace, baronne d’Amona, lui offrit Harmantal, un jeune sleipner. Plus qu’un simple présent, l’animal incarnait un avenir déjà tracé — un compagnon destiné à l’accompagner le jour où il serait jugé digne de le chevaucher.
